Capsule DD 081 (14:58)

Le ticket climat - Le portrait de la capsule : Augustin de Franssu - Carte blanche à Iris Bouvhonnet sur ethnographie des mondes à venir


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Capsule n°81

vendredi 26 mai 2023

Le ticket climat

Le portrait de la capsule : Augustin de Franssu

Carte blanche à Iris Bouvhonnet sur ethnographie des mondes à venir

TRANSCRIPTION

L’idée qui transforme : le ticket climat

Geoffroy Il est bien difficile de retenir une idée majeure dans le flot particulièrement « riche » de l’actualité de ces derniers jours tant le débat public s’est emparé des enjeux climatiques et écologiques, pour le meilleur et pour le pire.

Les débats sont vifs, les clivages de plus en plus marqués et les positions qui en découlent semblent bien souvent irréconciliables.

Ainsi cette étude du CNRS publiée dans PNAS, la semaine dernière, démontrant de manière non équivoque le rôle majeur de l’agriculture intensive sur l’effondrement de la population d’oiseau en Europe.

À mettre en regard de l’adoption, il y a quelques jours, par le Sénat d’une disposition, particulièrement surprenante voire inquiétante, permettant au Ministre de l’Agriculture de passer outre des décisions de l’ANSES, établissant de fait une hiérarchie entre santé humaine et intérêt économique.

Egalement, ces oppositions frontales entre maintien des sols agricoles, en quantité et en qualité d’un côté, et de l’autre les attaques répétées contre la politique de zéro artificialisation nette, vécue par les élus comme une politique déspespérante (selon leurs mots) et que le Sénat, encore, veut assouplir.

De ces oppositions frontales entre des visions de société — voire de destin — qui conduisent à un accroissement des incompréhensions et qui favorise un doute généralement peu constructif.

Les liens se rompent, les doutes s’installent : Et chacun s’interroge : Est-ce si grave ? Les transformations attendues sont-elles justifiées ? utiles ? Vais-je y perdre de la qualité de vie ? Et, pourquoi changer alors que les autres, et notamment les riches et les grandes entreprises, ne changent pas ?

À ces questions, nous avons envie d’y ajouter les nôtres, celles de personnes engagées depuis de nombreuses années et convaincu de l’importance et de l’urgence des changement à mener, des questions telles que : Comment parvenir à renouer les liens ? À rendre désirable et non plus coercitifs ces changements que les scientifiques considèrent comme nécessaires ? Les rendre compréhensibles au plus grand nombre ?

C’est bien l’idée de cette rubrique : donner une idée qui transforme et qui met en mouvement plutôt que de décrire une situation qui s’aggrave de jour en jour.

Et si les dernières nouvelles du front du transport sont également atterrantes, avec la suppression risible de 3 malheureuses liaisons aériennes intérieures. C’est conséquence d’un décret ayant vidé la proposition de la Convention pour le climat de toute sa substance en considérant non plus 4h mais seulement de 2h30 d’alternative ferroviaire, en faisant référence à la gare la plus proche (écartant ainsi les gares légèrement plus éloignées) et en introduisant une nécessaire présence sur place d’au moins 8 heures. Au lieu de 200 000 vols annuels évités, c’est à peine 5000 qui vont être concernés, à peine 2,5% des vols intérieurs.

Et pourtant c’est peut-être du front du transport que peuvent venir de bonnes nouevlles. Et à ce titre, le ticket climat peut faire partie de ces mesures de nature à renouer les enjeux planétaires à notre quotidien.

C’est la députée européenne Karima Delli qui le propose dans une tribune du 22 mai. Elle s’appuie sur l’exemple, entre autres, de l’Allemagne qui a mis en place et surtout généralisé un ticket de transport à prix modique : à 49 € par mois vous disposez d’un abonnement illimité sur le réseau ferroviaire des petites lignes.

L’ambition est de faire des gares des plateformes intremodales et de s’affranchir de représentations datées : faire circuler des trains plus petits mais plus souvent…

L’enjeu climatique est évident : le secteur du transport représente pas moins du tiers des émissions de CO2 en Europe et il est le seul secteur à ne pas avoir baissé son bilan carbone depuis les années 1990.

Mais la dimension sociale est déterminante : il y a une crise de la mobilité : pouvoir d’achats, saturation des

Réinverstir dans le ferroviaire et le rendre accessible, c’est le moyen de rendre le train populaire.

Comme le rappelle la députée : La première expérimentation du ticket climat allemand s’était soldée par une progression de 10 points de la part modale du train dans les transports passagers. En France, où cette part modale plafonne à 9 %, une telle progression serait une vraie révolution.

On peut s’inquiéter du coût d’une telle mesure. Et pourtant, sa mise en place n’est pas très dispendieuse : les allemands ont investis trois milliards d’euros, partiellement pris en charge par une hausse du péage des poids lourds.

Le vrai coût porte plutôt sur la modernisation du réseau ferroviaire, question indépendante de ce fameux ticket. Qu’il soit mis en place ou non, la France dispose d’un réseau tellement vétuste que sa rénovation s’impose. Son financement peut s’appuyer sur des outils fiscaux tels qu’une taxe poids lourds, une taxe kérosène… L’économie carbonée devant financer l’économie décarbonée.

Le ticket climat actionne la mécanique vertueuse d’une mobilité décarbonée, tout en participant au désenclavement de populations entières.

Bref, un vrai outil de transformation écologique et sociétale.

Vivement demain !

Le portrait de la capsule : Augustin de Franssu

Carte Blanche à Iris Bouchonnet avec "Ethnographies des mondes à venir"

Pour la carte blanche de cette capsule, je vais vous parler du livre "Ethnographies des mondes à venir", un livre qui nous apprend que la nature n'existe pas. Ce livre nous fait l'état d'une conversation entre Philippe Descola, anthropologue qui critique le dualisme nature/culture en analysant les modes de socialisation de la nature (hj'y reviedrai) et Alessandro Pignocchi chercheur en sciences cognitives et auteur de bandes dessinées. Ce livre c'est une critique du naturalisme, c’est-à-dire une critique de notre rapport collectif au vivant non humain. Le vivant "non humain" cest les animaux, les milieux de vie et les plantes qu'on a eu tendance à mettre dans la grande catégorie "nature" ou "environnement". Quand Philippe Descola et Alessandro Pignocchi nous parle de naturalisme ou des naturalistes, il ne parlent pas des spécialistes des sciences naturelles et de celles et ceux qui aiment les plantes et les animaux mais plutôt du rapport au monde qu'ont les sociétés occidentales. En gros, A partir de la rennaissance on a inventé ce concept qui sépare nature et culture, autrement dit il sépare les humains du monde vivant Selon les auteurs, lLa vision simpliste d'une dualité humain et nature induit un rapport de domination ou la nature serait à l'entière disposition des humains et qu'on pourrait l'exploiter comme on le souhaite. Il s'agirait d'un vaste champ de ressource pour subvenir à nos besoins. La nature serait alors intéressante qu'au regard de son utilité et cette vision pourrait conduire à une exploitation sans limite de la planète. Les auteurs mettent en avant le choix unique de notre société entre exploitation et protection du vivant, l'appropriation marchande de la terre d'un côté et les zones naturelles sous cloche de l'autre. Changer notre rapport au vivant non humain serait une avancée essentielle pour la préservation des ressources, des sols, de la biodiv etc. De plus, les activités humaines liées à la surexploitation du vivant sont les causes du réchauffement climatique. Et la vision naturaliste n'est pas mondiale, d'autres cultures ont un autre rapport au vivant. Ce livre nous montre comment l'anthropologie nous aide à voir l'avenir autrement, comment s'inspirer d'autres manières de vivre pour éviter un désastre lié au réchauffement climatique. Plus qu'une critique du naturalisme, "ethnographie des mondes à venir" esquisse des stratégies à adopter pour sortir du naturalisme et du capitalisme pour, je cite, "Penser et nourrir les luttes qui s'annoncent" Dans un interview d' Alessandro Pignocchi pour la revue Socialter parue En avril 2023 : La sortie du naturalisme ne pourra pas avoir lieu sans la sortie du capitalisme, cependant il n'existe pas de socété développées technologiquement comme la notre qui ne serait aps naturaliste, pour tendre vers ce modèle il faudra donc une transformation de notre rapport à la technologie Parallèlement, il nous faudra subvenir à nos besoins, ce qui mobilise quoi qu'il en soit des ressources. Comment pourrait-on réintroduire des activités de subsistance dans la pratique de l'imaginaire collectif ? Repenser les société, et les façon de produire pour réintroduire du sens dans le rapport au vivant non humain. Ce livre fait l'état d'une discussion entre les deux auteurs, agrémenté d'illustrations humoristiques à l'aquarelle. Dès le début du livre, on voit une représentation d'une mère et son fils au musée dans lequelle ce livre est exposé et elle dit "oh regarde c'est le livre qui a fait basculer le monde". Il s'agit donc "d'exercice de politique-fiction" pour réfléchir à quoi pourrait ressembler une société sans ce rapport au vivant, dans laquelle on se reconnecterait à nos besoins, on s'impliquerait toutes et tous ? on produirait localement, mais comment faire dans le contexte d'un pays avec une population très urbaine ? est-ce réalisable ? Comment sortir de cette dualité? Nous allons devoir nous poser collectivement la question.

Générique de fin

C’était la Capsule DD, le podcast de la durabilité dans l’enseignement supérieur.

Merci à l’équipe de la Direction de la Transformation Écologique et Sociétale d’UniLaSalle : Nathalie, Iris, Cécile, Caroline, Thomas et Geoffroy.

On se retrouve dans 15 jours.

Et d’ici là, vous pouvez méditez cette pensée attribuée à l’homme d’affaires Henri Ford, (à entendre ici sous forme de pied de nez) : “Quand tout semble être contre vous, souvenez-vous que l'avion décolle face au vent, et non avec lui.”.